
Dans la vie des écuries, la séparation fait partie du quotidien : on isole un cheval pour les soins, on le sort du box ou du pré pour travailler, on le transporte chez le vétérinaire, on l’emmène en concours, etc. Or le cheval est une espèce sociale, fortement attachée à ses congénères, et certains animaux ressentent une véritable détresse lors de ces moments d’éloignement ou d’isolement.
Mais l’expression “anxiété de séparation”, très utilisée dans ce cadre, n’a pas de réelle définition. Résultat : on mélange des situations différentes, on compare mal les études sur le sujet, et on finit par manquer la cible quand il s’agit d’aider l’animal. Une étude, publiée dans Applied Animal Behaviour Science, propose donc d’établir une définition commune de ce que recouvre l’anxiété de séparation chez le cheval, en tenant compte à la fois du contexte dans lequel elle se manifeste et des signes ou comportements qui l’expriment. L’objectif est de mieux comprendre la nature de ce qui est décrit comme de l’anxiété sociale chez les chevaux et d’établir un consensus sur la définition de ce trouble pour les recherches futures.
L’avis du terrain avant celui des experts
Les auteurs ont commencé par recueillir le point de vue et la description des propriétaires et des soigneurs sur ce qu’ils appellent l’anxiété de séparation, dans quelles circonstances elle survient, et à quoi cela ressemble pour eux. Une analyse du contenu des 131 réponses a été menée afin de mettre en évidence des critères et des contextes distincts de l’anxiété de séparation, ainsi que les signes communs observés chez les chevaux qui en souffrent. Un consensus d’experts en comportement équin a ensuite été établi pour valider cette analyse et proposer la définition suivante : « L’anxiété de séparation chez les chevaux désigne un syndrome comportemental caractérisé par une ou plusieurs réactions émotionnelles négatives variées. Ces réactions surviennent lorsqu’un cheval est séparé ou isolé d’un ou de plusieurs autres chevaux ou de tout autre congénère, quelle que soit l’espèce. La séparation mère-poulain entre dans ce cadre. Ces signes de détresse peuvent se manifester lorsque le cheval anticipe la séparation, pendant celle-ci ou après, qu’il soit seul, accompagné d’autres chevaux ou congénères, ou encore lorsqu’il est manipulé par un humain. »
Huit situations spécifiques
Une cartographie de huit contextes susceptibles de déclencher une anxiété de séparation s’est ainsi dessinée, construite selon deux axes. Le premier axe distingue les situations où le cheval est laissé seul (le groupe s’éloigne, un compagnon part, l’environnement se vide) de celles où le cheval quitte lui-même le groupe (on l’emmène, on le sort du lot, il franchit une zone de séparation). Le second axe porte sur le moment où la réaction du cheval apparaît au cours du processus de séparation : pendant les préparatifs avant le départ ou le délaissement, au moment du départ ou du délaissement, au début de l’éloignement (il voit ou entend encore ses congénères), puis lors de la perte de contact (plus de signaux sociaux accessibles).
Cette structuration est précieuse, car elle évite l’erreur la plus fréquente : croire qu’il n’existe qu’un syndrome unique de l’anxiété de séparation. L’enquête révèle au contraire l’importance de prendre en compte le contexte dans la manifestation de l’anxiété sociale chez les chevaux, car celle-ci peut survenir dans diverses situations.
Des signes potentiellement associés à l’anxiété sociale
Les manifestations de l’anxiété de séparation chez le cheval ne se résument pas à de l’agitation, des vocalisations ou des tentatives de rejoindre les autres. Les auteurs décrivent un spectre qui va de l’hyperactivité ou hypervigilance jusqu’à des expressions proches de l’abattement ou de l’apathie. Autrement dit, un cheval peut souffrir d’anxiété sociale sans forcément l’extérioriser via son comportement. C’est précisément ce type d’angle mort qui complique l’identification et la prise en charge.
Vers une définition affinée, donc une meilleure gestion des chevaux
L’article propose finalement un modèle théorique qui intègre des contextes et des signes afin de décrire ce qui est couramment désigné comme l’anxiété de séparation chez le cheval. L’enjeu est d’élaborer une définition consensuelle et rigoureuse qui permet de mieux distinguer ce qui relève d’une difficulté à tolérer l’isolement ou d’un attachement particulier à un congénère d’une réaction anticipée dès les préparatifs ou d’une réponse tardive lorsque le contact social est rompu. Derrière ces distinctions se dessinent des pistes très concrètes à mettre en pratique : pouvoir évaluer précisément la situation de chaque cheval, éviter toute généralisation abusive en matière d’évaluation clinique ou de prise en charge, opter pour des stratégies adaptées de travail et d’aménagement des lieux, et mener des études comparables d’une écurie à l’autre.
















