
Le bien-être du cheval ne se joue pas seulement sur les terrains de sport ou dans les cliniques vétérinaires. Il se construit, jour après jour, selon les options choisies par son détenteur en matière de logement, d’alimentation et d’activité. Une étude publiée en 2025 dans Pferdeheilkunde Equine Medicine montre à quel point ces décisions façonnent, en profondeur, la santé physique, le comportement et l’équilibre émotionnel des chevaux.
S’appuyant sur une vaste revue de la littérature et sur des outils d’évaluation du bien-être animal inspirés du modèle des Cinq libertés, la chercheuse Ana Colomé adopte une approche globale. Son constat est clair : le bien-être équin ne peut être garanti par des ajustements isolés. Il dépend de la cohérence de l’ensemble des pratiques de gestion de l’animal.
Hébergement, alimentation, manipulation : un triptyque indissociable
Un logement restrictif, notamment le confinement prolongé en box individuel, est associé à une hausse des troubles comportementaux (stéréotypies, agitation, irritabilité) et à des affections respiratoires liés à la qualité de l’air et à la litière. À l’inverse, l’accès régulier au paddock ou au pâturage, combiné à des possibilités d’interactions sociales, favorise une meilleure stabilité émotionnelle et une meilleure santé.
L’alimentation apparaît comme un autre levier majeur. Le cheval reste biologiquement un herbivore qui s’alimente en continu. Les régimes riches en concentrés, distribués en repas fractionnés, perturbent son équilibre digestif et augmentent les risques de coliques, d’ulcères gastriques et de troubles métaboliques. Les systèmes qui favorisent un accès sans restriction au fourrage sont associés à des comportements plus calmes et à une réduction des signes de stress.
La manipulation par l’humain, enfin, joue un rôle souvent sous-estimé. Des interactions prévisibles, calmes et fondées sur des principes d’apprentissage bien compris renforcent la confiance du cheval et réduisent les réponses de peur. À l’inverse, une manipulation brusque ou incohérente laisse des traces durables (anxiété accrue, évitement, voire comportements défensifs).
Au-delà de l’aspect éthique
L’un des apports majeurs de l’étude est de montrer que ces trois dimensions se renforcent ou se contredisent mutuellement. Un bon hébergement peut perdre ses bénéfices si l’alimentation est inadaptée. Une gestion alimentaire correcte peut être compromise par des manipulations stressantes. Le bien-être apparaît ainsi comme un équilibre systémique, fragile et dynamique.
Au-delà des implications éthiques, l’enjeu est aussi économique et sociétal. Des pratiques mieux alignées sur les besoins biologiques du cheval réduisent les frais vétérinaires, améliorent la sécurité des intervenants et renforcent l’acceptabilité sociale des activités équestres. À l’heure où le regard du public sur la condition animale se fait plus exigeant, cette étude rappelle une évidence souvent négligée : le bien-être ne se décrète pas, il s’organise.
















