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Les chevaux “sentent” notre peur : quand l’odeur humaine modifie leur comportement

Une étude Inrae-IFCE publiée dans PLoS One montre que l’odeur de la peur humaine, via la sueur, augmente les réactions de stress chez les chevaux et réduit leurs interactions avec l’humain.

On dit souvent que le cheval est une véritable éponge des émotions de son cavalier. Une équipe mixte Inrae-IFCE en a apporté une preuve concrète : la peur ne passerait pas seulement par la voix, la posture ou les expressions faciales, mais aussi par l’odeur. Exposés à des odeurs corporelles d’humains ayant ressenti de la peur, des chevaux se montrent plus craintifs et moins enclins à interagir avec la personne en face d’eux, comparativement à une odeur associée à la joie ou à une odeur neutre.

 

Une communication chimique qui passe la barrière d’espèce

L’étude, publiée dans PLoS One, teste l’hypothèse d’une contagion émotionnelle interspécifique via des composés volatils présents dans la sueur humaine. Le protocole repose sur un point clé : l’odeur est collectée dans des contextes émotionnels standardisés, puis présentée aux chevaux pendant des tests comportementaux et physiologiques. Les auteurs parlent de “chimiosignaux”, des signaux chimiques porteurs d’une information émotionnelle. Chez l’humain, il existe déjà de nombreux travaux montrant que certaines odeurs corporelles peuvent influencer l’état émotionnel d’autrui. Ici, l’enjeu est de savoir si cela franchit la barrière des espèces, vers un animal domestique proche de l’humain.

 

Sueur de peur ou de joie testée chez 43 chevaux

Les chercheurs ont recruté 30 adultes (8 hommes, 22 femmes) et collecté de la sueur sous les bras à l’aide de compresses de coton pendant le visionnage de vidéos suscitant soit de la peur (film d’horreur), soit de la joie (sketch comique). Les participants ont aussi suivi des consignes (régime, hygiène) destinées à limiter les facteurs susceptibles de modifier leur odeur corporelle. Ensuite, 43 chevaux ont été exposés à une odeur de peur humaine, une odeur de joie humaine ou une odeur neutre. Les compresses imprégnées étaient présentées aux chevaux au niveau des naseaux, via un dispositif fixé au licol. Les chevaux ont alors été soumis à quatre types de situation : deux tests d’interaction homme-cheval (pansage et approche de l’opérateur) et deux tests de réactivité face à un événement inquiétant (objet inconnu et ouverture brusque d’un parapluie). Le rythme cardiaque et le taux de cortisol salivaire ont ensuite été mesurés.

 

Plus de peur, moins de contacts

Globalement, l’analyse statistique indique que l’exposition à l’odeur de peur humaine modifie le comportement des chevaux : leurs réactions de peur deviennent plus fortes et ils sont moins enclins à interagir avec l’humain. Concrètement, lorsqu’ils sont soumis à l’odeur de peur, les chevaux s’approchent moins de l’humain lors du test d’interaction, fixent davantage l’objet nouveau, et sursautent plus fortement lors du test de soudaineté. Leur fréquence cardiaque est également plus élevée. En revanche, le taux de cortisol salivaire affiche une variabilité importante entre les groupes. Ainsi, l’impact des signaux olfactifs est net sur le comportement et certains paramètres cardiaques, mais peu significatif pour ce marqueur hormonal dans des conditions expérimentales.

 

En pratique

Ces résultats révèlent que l’état émotionnel d’un humain peut déteindre sur le cheval même sans signaux visibles, via des molécules odorantes difficilement contrôlables : exposé à la peur, le cheval présente à son tour une réaction de peur. Cette contagion émotionnelle de la peur par l’odeur entre deux espèces, l’humain et le cheval, est déjà démontrée chez le chien. Ce mécanisme apparaît important à prendre en compte dans des contextes à risque (jeunes chevaux, rééducation, soins, embarquement, compétitions, situations de stress). Toutefois, l’étude teste une exposition olfactive dans un cadre contrôlé, avec des tests standardisés. Elle ne démontre pas que tout cheval ressent toutes les émotions humaines en toutes circonstances, ni que l’odeur serait l’unique canal. Elle renforce plutôt l’idée d’une communication émotionnelle multimodale entre l’humain et le cheval, où les signaux olfactifs seraient une voie complémentaire et peut-être sous-estimée.

 

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