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Équidés de travail : un chaînon ignoré de la résilience mondiale face aux catastrophes

Équidés de travail : un chaînon ignoré de la résilience mondiale face aux catastrophes climatiques

Les catastrophes climatiques frappent plus durement celles et ceux qui ne disposent pas des moyens pour y faire face. Sécheresses, inondations, cyclones, glissements de terrain ou séismes s’enchaînent à un rythme qui dépasse désormais les capacités d’adaptation de millions de foyers. Au cœur de ces économies fragiles, un acteur essentiel demeure largement ignoré dans les politiques de gestion des risques : les équidés de travail. Or environ 100 millions de chevaux, ânes et mules assurent la subsistance de 600 millions de personnes à travers le monde.

 

Un article met en lumière ce chaînon essentiel de la résilience face aux catastrophes. Il s’appuie sur des observations de terrain menées dans six pays (Inde, Pakistan, Éthiopie, Kenya, Nicaragua, Sénégal) où intervient l’association Brooke Action for Working Horses and Donkeys, et démontre que ces animaux jouent un rôle majeur dans la survie quotidienne comme dans la réaction face aux aléas. Pourtant, ils demeurent quasi absents des plans d’urgence nationaux comme des stratégies internationales.

 

Un rôle vital mais invisible dans la réponse aux situations de crise

Dans de nombreuses régions rurales du Sud, les équidés sont le moteur silencieux de l’économie locale : ils transportent l’eau lors des sécheresses, les récoltes lors des pénuries, les matériaux lors de la reconstruction après un séisme, et permettent aux familles d’accéder aux marchés, aux dispensaires ou aux points de distribution humanitaire lorsque les infrastructures s’effondrent.

L’article souligne que, lors des inondations au Pakistan ou des cyclones au Nicaragua, ce sont souvent les ânes et les mules qui assurent les derniers kilomètres logistiques, là où les véhicules ne peuvent plus passer. Pourtant, ces animaux, indispensables à la résilience des communautés qui en dépendent, ne sont presque jamais intégrés à la prévention des risques et à la planification des opérations de secours. Or les vétérinaires et les organisations locales pourraient apporter une expertise précieuse pour élaborer, tester et mettre en œuvre des plans de gestion des catastrophes prenant en compte la santé et le bien-être des équidés de travail.

 

Quand l’animal et l’humain partagent les mêmes risques

Les observations menées sur le terrain ont montré que l’analyse des risques ne peut plus se limiter à la seule vulnérabilité face aux aléas naturels. Les auteurs insistent sur la vulnérabilité systémique, c’est-à-dire l’ensemble des facteurs socio-économiques, environnementaux et politiques qui rendent les familles dépendantes des équidés particulièrement exposées aux catastrophes. Dans les zones étudiées, la plupart des équidés vivent dans un environnement précaire : abri inexistant, absence de soins vétérinaires, conditions de travail extrêmes, insécurité alimentaire chronique. Lorsqu’une catastrophe survient, ces vulnérabilités se combinent. Les animaux sont blessés, épuisés, affamés, ou abandonnés dans le chaos pendant et après la catastrophe. Et comme leur bien-être est intimement lié à celui de leurs propriétaires, c’est toute la structure familiale et économique qui s’effondre.

 

Pourquoi les équidés ne sont-ils pas intégrés aux plans d’urgence ?

Les auteurs identifient trois causes majeures :

  •  l’absence de reconnaissance politique : dans plusieurs pays, les équidés ne sont pas légalement considérés comme des animaux d’élevage, ce qui limite leur prise en compte dans les programmes agricoles ou vétérinaires ;
  •  le manque de données : aucun inventaire précis n’existe dans la plupart des régions ; impossible donc d’évaluer les pertes ou de planifier les besoins ;
  •  une vision anthropocentrée des crises : la gestion des catastrophes se concentre sur les humains, sans intégrer les animaux dont dépendent pourtant leurs moyens de subsistance.

Les auteurs soulignent également la difficulté pour les organisations locales d’attirer des financements internationaux dédiés aux équidés de travail, un secteur souvent jugé secondaire dans la réponse humanitaire.

 

Des solutions inspirées du terrain : vers une approche “One Welfare”

Face à ces défis, plusieurs initiatives concrètes observées localement identifient des axes d’amélioration :

  • inclure les équidés dans les évaluations après les catastrophes, au même titre que le bétail ou les infrastructures ;
  • créer des réseaux communautaires de premiers secours pour les animaux, avec la formation de volontaires locaux et la mise à disposition de kits vétérinaires d’urgence ;
  • créer des abris simples et peu coûteux, adaptés à la sécheresse et à la mousson ;
  • intégrer les équidés aux plans de continuité économique, notamment pour rétablir la mobilité des familles isolées ;
  • reconnaître officiellement le rôle des équidés dans la logistique humanitaire, notamment dans les zones d’accès difficile.

Ces approches relèvent pleinement du concept “One Welfare”, qui considère le bien-être humain, animal et environnemental comme interdépendant. Selon les auteurs, assurer la sécurité et le bien-être des équidés de travail, c’est renforcer la résilience des communautés qui sont elles-mêmes vulnérables. Les animaux affaiblis et négligés nécessitent davantage de soins lors de catastrophes, tout en étant moins utiles, ce qui a des répercussions sur les populations qui dépendent d’eux, notamment pour l’évacuation et la reprise de leurs activités une fois la catastrophe passée.

 

Un enjeu mondial dans un climat d’incertitude croissante

À mesure que les phénomènes extrêmes se multiplient, la question n’est plus de savoir si les équidés doivent être intégrés aux plans de gestion des catastrophes, mais comment accélérer cette prise en compte. Les auteurs appellent à un changement de paradigme : les équidés ne doivent plus être perçus comme de simples auxiliaires agricoles, mais comme des acteurs essentiels de la stabilité sociale et économique, notamment dans les pays les plus exposés au changement climatique.

 

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