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Les chevaux ressentent-ils notre stress ?

Les chevaux ne détectent pas directement le stress humain. Ils répondent avant tout à ce qu’ils voient : une posture, un geste, une tension corporelle.

Pendant des années, cavaliers, soigneurs et éthologues l’ont affirmé comme une évidence : le cheval ressent l’état émotionnel de l’humain. L’animal, réputé hypersensible, réagirait à l’anxiété de celui qui l’approche comme à un signal invisible.

 

Une étude invite à changer de regard

Non, estiment ses auteurs, les chevaux ne détectent pas directement le stress humain. Ils répondent avant tout à ce qu’ils voient : une posture, un geste, une tension corporelle. L’étude, conduite en Roumanie par une équipe internationale, se présente comme un travail pilote. Trente-trois interactions homme-cheval ont été observées dans des conditions contrôlées. Les chercheurs ont mesuré d’un côté l’état émotionnel des humains à l’aide d’un questionnaire standardisé portant sur l’anxiété et les paramètres physiologiques, et de l’autre les réponses des chevaux évaluées via la variabilité de leur fréquence cardiaque et par un ensemble d’indicateurs comportementaux classiquement associés au stress.

Le protocole repose sur une idée simple. Les humains ont été répartis en deux groupes, selon qu’ils présentaient un niveau élevé ou faible d’anxiété au moment de l’expérience. Chacun a interagi ensuite avec un cheval dans deux situations distinctes. Dans la première, dite libre, la personne se déplace naturellement, sans consigne particulière. Dans la seconde, au contraire, ses mouvements et son expressivité sont volontairement contraints (démarche cadencée, gestes limités, visage partiellement masqué pour réduire les signaux visuels).

Les résultats sont éclairants. Lorsqu’un humain anxieux se déplace librement, le cheval manifeste davantage de signes de stress, tant sur le plan physiologique que comportemental. Mais lorsque cette anxiété humaine est associée à une posture contrôlée et à une expressivité réduite, les différences s’estompent. Autrement dit, à niveau d’anxiété égal, ce n’est pas l’état émotionnel interne de la personne qui semble compter, mais la manière dont il se traduit sur le plan corporel.

 

Stress du cavalier : ce que le cheval perçoit réellement

Cette distinction, loin d’être anodine, remet en question une vision parfois idéalisée de la relation homme-cheval, où l’animal serait doté d’une sorte de perception émotionnelle directe. Les auteurs proposent une lecture plus pragmatique, reposant sur l’éthologie : espèce proie, le cheval est avant tout attentif aux indices susceptibles d’annoncer un danger. Une posture raide, des gestes brusques, un déplacement imprévisible peuvent suffire à déclencher une réponse de vigilance, indépendamment de l’état émotionnel réel de l’humain.

Faut-il en conclure que la “contagion émotionnelle” n’existe pas chez le cheval ? Pas tout à fait. L’étude ne nie pas l’existence de phénomènes de synchronisation émotionnelle entre les espèces, largement documentés par ailleurs. Elle en précise les mécanismes. Ce qui se transmet, ce n’est pas l’émotion en tant que telle, mais ses manifestations visibles. Le cheval ne perçoit pas l’anxiété, il ressent le corps anxieux.

Comme toute étude pilote, celle-ci comporte des limites. L’effectif est réduit, les contextes expérimentaux spécifiques, et certains dispositifs, comme le port de lunettes ou de bandanas, peuvent eux-mêmes influencer la perception de l’animal. Les auteurs reconnaissent ces limites et invitent à des travaux complémentaires, sur des durées plus longues, avec des profils de chevaux et des situations plus variés.

 

Contagion émotionnelle chez le cheval : applications en pratique

Il n’en reste pas moins que les implications pratiques sont immédiates. Dans les centres équestres, les élevages, les structures de médiation animale ou lors des interventions d’urgence impliquant des équidés, cette lecture offre une piste concrète. Plutôt que de chercher à ne pas être stressé, une injonction souvent irréaliste, il s’agit de travailler sur la cohérence corporelle : ralentir ses mouvements, stabiliser sa posture, limiter les signaux contradictoires. Une forme de discipline du corps, plus accessible que la maîtrise émotionnelle.

À l’heure où le bien-être animal s’impose comme un enjeu scientifique et sociétal, cette approche a aussi le mérite de rappeler que la relation au cheval n’est ni magique ni mystérieuse, mais fondée sur une communication fine, asymétrique, où l’humain porte une responsabilité particulière. Le cheval observe, interprète, réagit. À nous de mesurer ce que nous lui donnons à voir.

Par ce changement de regard, l’étude n’ôte rien à la richesse de la relation homme-cheval. Elle en redessine simplement les contours, avec la rigueur de la démarche scientifique. Elle rappelle également, de façon sous-jacente, que le langage corporel est souvent bien plus éloquent que le langage émotionnel.

 

 

 

 

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