
Dans les villes et les campagnes éthiopiennes, les charrettes tirées par des chevaux restent une pièce maîtresse du transport de personnes et de marchandises. Ces chevaux génèrent un revenu et sont très utiles à la population. Pourtant, lorsqu’ils vieillissent, maigrissent, se blessent ou souffrent de troubles de santé, la plupart sont tout simplement abandonnés à leur sort.
C’est le cœur d’une tribune publiée dans Veterinary Medicine and Science en janvier par Takele Taye Desta, chercheur à la Kotebe Metropolitan University d’Addis-Abeba, qui documente cette pratique sur le terrain et propose des solutions adaptées au contexte pour aider les chevaux à survivre à l’abandon.
Les chevaux plus rentables réduits à une vie misérable
Sur le terrain, la situation est presque banale : après des années de loyaux services et malgré leur utilité pour le transport rural ou urbain, des chevaux de travail sont abandonnés à cause de leur âge, d’une maladie, d’un accident ou d’une perte d’état corporel. Ces chevaux deviennent alors errants et sont exposés à une multitude de risques (maladie, faim, parasites, prédateurs, intempéries) jusqu’à leur mort. Ce phénomène est aggravé dans les zones urbaines, où l’accès à l’herbe est rare.
Pour le chercheur, les chevaux de travail, à l’instar des équidés de compagnie, rendent de nombreux services socio-économiques, historiques et culturels. Ils sont profondément ancrés dans l’histoire de l’humanité. Par conséquent, il plaide pour une gestion respectueuse de ces animaux. Assurer le bien-être équin est pour lui un principe fondamental de l’éthique humaine.
Un fonds de prévoyance pour chevaux délaissés
Le chercheur propose une stratégie simple : mettre en place en place un système de pension ou de fonds de prévoyance et créer des sanctuaires ou des refuges visant à améliorer les conditions de vie des équidés de travail “retraités”. Il propose que les propriétaires contribuent à hauteur de 10 % du revenu mensuel généré par leur cheval afin de financer sa prise en charge lorsque son activité cesse. Il lance aussi un appel aux donateurs et à l’État pour compléter ce système et le rendre opérationnel.
Il reconnaît toutefois un dilemme spécifique aux pays à faibles revenus comme l’Éthiopie : quand la population peine à se nourrir, financer la protection animale peut sembler déplacé. Il est néanmoins impératif pour lui de soulager les souffrances des chevaux abandonnés. Face à des douleurs chroniques, une euthanasie peut être préférable à une vie d’errance et de souffrance. Son objectif est d’attirer l’attention de la société sur les conditions de vie déplorables des chevaux de travail abandonnés. Cela passe par la sensibilisation de l’opinion publique et la formation des responsables communautaires, via les médias traditionnels et les réseaux sociaux. Un cadre juridique doit aussi être mis en place afin de garantir le bien-être animal.
Un enjeu “One Health”
Un traitement plus humain des chevaux abandonnés, ainsi que des autres animaux confrontés à des problèmes similaires, incluant des espaces ouverts, des pâturages communs, une alimentation complémentaire, des soins vétérinaires et des abris, pourrait atténuer leurs souffrances importantes. Mais abandonner un cheval de travail n’est pas qu’une question morale, c’est aussi une question de santé animale (plaies, maladies, parasitisme), de santé environnementale (errance, accès à l’eau et aux déchets) et de santé humaine (risques indirects liés à la cohabitation urbaine, accidents, tensions sociales). La proposition d’un système de “retraite” pour chevaux, couplé à la création de refuges, à la prévention des risques et à un cadre légal, s’inscrit dans une politique “One Health” appliquée visant à réduire la souffrance, réduire l’errance, réduire les risques.


















