
Les chevaux sont des animaux très sensibles et leur bien-être a un impact direct sur leurs performances, leur longévité et leur qualité de vie. Mais chez les équidés, son évaluation reste un défi, compte tenu de l’implication de multiples indicateurs à prendre en compte. Aujourd’hui, le bien-être équin est évalué par l’observation directe (note d’état corporel, présence de blessures, etc.), ainsi que par des indicateurs physiologiques comme la concentration en cortisol sanguin. Cependant, ces approches présentent des limites importantes (formation des évaluateurs, impossibilité d’assurer un suivi en continu, etc.) qui ont conduit à un recours croissant aux technologies innovantes de surveillance du bien-être équin.
Dans un article publié dans Frontiers in Veterinary Science, Emanuela Dalla Costa (université de Milan) et Marco Bovo (université de Bologne) décrivent l’évolution en cours : les progrès réalisés dans le domaine des technologies d’élevage, notamment les dispositifs portables, les capteurs environnementaux et la vidéosurveillance, qui permettent un suivi de la santé et du bien-être en temps réel. Ainsi, la détection précoce d’anomalies témoignant de l’existence d’une maladie se révèle précieuse pour les propriétaires de chevaux et les vétérinaires. Si plusieurs technologies sont prometteuses, elles peinent à trouver des applications pratiques sur le terrain. En effet, la plupart ont été testées et validées en conditions expérimentales, mais peu d’entre elles sont applicables à la gestion quotidienne d’une écurie.
Des capteurs sur le cheval pour détecter les anomalies
Les technologies portables figurent parmi les innovations les plus étudiées pour la surveillance du bien-être équin. Ces dispositifs, généralement fixés aux harnais, sangles ou colliers, sont conçus pour recueillir en continu des données physiologiques et biomécaniques. Accéléromètres, gyroscopes et capteurs GPS enregistrent les données relatives à la locomotion, aux allures et à l’intensité de l’effort, permettant aux entraîneurs d’adapter les programmes d’entraînement à chaque cheval. Ces systèmes sont essentiels pour détecter les asymétries ou les irrégularités subtiles qui signalent une boiterie précoce. La boiterie demeure l’un des problèmes de bien-être les plus courants chez les chevaux, entraînant souvent une diminution de leur qualité de vie et une baisse de leurs performances. Au-delà de la locomotion, le suivi des modifications dans l’activité quotidienne est présenté comme un indicateur indirect de stress, d’inconfort ou de maladie.
L’écurie placée sous haute surveillance
Autre avancée, la technologie investit l’environnement du cheval. Des capteurs installés dans les écuries surveillent des paramètres de la qualité de l’air, tels que la température, l’humidité et la concentration d’ammoniac, essentiels à la santé respiratoire. Des caméras de surveillance automatisées, couplées à des algorithmes de reconnaissance comportementale par intelligence artificielle, peuvent reconnaître des comportements stéréotypés comme le tic à l’appui ou le tic à l’ours, souvent révélateurs de stress ou de mal-être. Les plateformes IoT, qui combinent des dispositifs portables individuels et des capteurs environnementaux, permettent d’établir des évaluations holistiques du bien-être, tant au niveau individuel que collectif. Le cheval est ainsi évalué dans sa globalité, en prenant en compte différents aspects (signes physiques, comportements, liens sociaux, etc.), afin d’obtenir une vision complète de son état de santé ou de bien-être.
L’intérêt de ce travail est d’explorer l’évolution, la validation et l’application concrète des nouvelles technologies de surveillance de la santé et du bien-être du cheval. Et dans ce domaine, il ne s’agit pas encore d’une révolution, l’heure est plutôt à la transition. En matière de bien-être animal, la technologie n’est utile que si elle améliore effectivement la prise de décision. En situation réelle, ces technologies présentent encore certaines limites. Ainsi, pour l’instant du moins, l’objectif est de garantir qu’elles répondent aux exigences élevées de précision et de fiabilité, afin de combler le fossé entre la recherche expérimentale et les applications pratiques.
















